La coupure

Encore une réflexion relative au départ. Car oui, je repars explorer un coin du monde, en solitaire, après deux ans en France. Destination Chili, pour une durée à nouveau indéterminée pouvant s’étendre à un an maximum, grâce un nouveau visa vacances-travail ouvert récemment.

En préparant mon sac, je me disais qu’elle était bien étrange, cette sensation au moment de partir. Il est assez peu fréquent d’être ainsi dans une situation de coupure temporelle aussi marquée. D’être dans un avant, et savoir que l’après sera complètement autre chose, loin de tout cadre connu auquel se rattacher. Les choses habituelles prennent une coloration différente, comme si on les regardait d’un œil neuf. Tout un environnement connu, intériorisé au point qu’on ne le regarde même plus, semble réapparaître.
Puisque tout est vu pour une dernière fois avant longtemps, on regarde avec plus d’attention, d’intérêt. Toutes ces choses si habituelles hier deviennent subitement précieuses, on aimerait les garder un peu plus longtemps, encore un peu.

Mais quand la date du départ est fixée, tout effort de capter ainsi les minutes qui passent est vain. Le départ se rapproche, inexorablement, inéluctablement. Il est rare de sentir ainsi le temps qui passe, lui qui bien souvent file dans notre dos, dans notre plus parfaite indifférence. Jusqu’à ces moments où une date précise vient se fixer sur notre horizon, un mur inamovible sur lequel tôt ou tard on viendra buter, et il faudra alors sauter par dessus (jusqu’au dernier mur, sur lequel chacun finit forcément par se fracasser, mais nous éviterons ces considérations morbides pour le moment).

Voilà, aujourd’hui un nouveau mur est devant moi, c’est moi qui l’ai placé ici, et je fonce droit dessus, que je le veuille ou non. C’est angoissant bien sûr, surtout que je ne sais pas vraiment ce qui m’attend de l’autre côté. Il ne sert à rien d’essayer de freiner, les secondes filent entre les doigts. Ce soir je vais mal dormir, impatient et inquiet face à un tout nouvel horizon.

Ceci est le début de mon récit de voyage en Amérique du Sud. Il ne prendra peut-être pas la forme très cadrée de mes épisodes de voyage en Nouvelle-Zélande. J’ai davantage envie d’écrire les choses au moment où je les vis, ou presque. Je veux au maximum garder une spontanéité dans l’écriture. Cela donnera peut-être lieu à des textes moins travaillés, moins longs, mais il sera plus facile pour moi de les écrire plus fréquemment, au moment où les souvenirs sont encore très frais. Mais ça, ce sont mes bonnes volontés de début de voyage, on verra comment les choses évoluent avec le temps…


4 commentaires pour “La coupure”

  • Coud'zine dit:

    L’image du mur est un peu dure. Moi j’y vois plutôt un changement d’aiguillage.

    Bon vent, cher voyageur.
    Nous te suivons de près, de loin.

    C’est partiiiiiiii !

  • Scribe dit:

    C’est un mur pour moi parce que c’est une épreuve à franchir. Mais une fois qu’on est derrière, ça devient un rempart utile, une défense, quelque chose que l’on n’a plus à affronter et qui au contraire nous renforce. Bon, et puis hein, on va peut-être pas trop s’éterniser sur mes métaphores à la noix… :D Mais merci du soutien !

  • Uncle Benssa-Alohre dit:

    Mur, aiguillage ou rempart ?… je ne me sens pas mur pour trancher. Bon vent pour la suite, moussaillon, sur ton fameux 3-mats « Santiiaaago » …euh….je crois que je m’égare. Biiiz.

  • Scribe dit:

    Tes commentaires à la qualité humoristique inégalée seront toujours les bienvenus sur cet esquif ! Merci de me suivre, la suite est en chemin…

Laisser un commentaire