Délectables bruits d’Odeurs

En attendant que je récupère des photos pour poster la suite du compte rendu du Rail trip, un petit article sur un groupe que j’ai découvert hier et que j’adore déjà. Ça ne m’arrive pas si souvent d’être tout de suite conquis par un groupe, ça m’arrive encore plus rarement quand il s’agit d’un groupe français, et ça n’a jamais dû arriver quand en plus il s’est épanoui dans les années 80.

Je lisais un des rares avis dispo sur le net de Pourquoi es-tu si méchant ?, un album loufoque vaguement rock-prog à tendance bordélique d’un obscur groupe français au nom inspiré : Super Freego. L’album vaut le détour (à peu près totalement introuvable dans le commerce, heureusement qu’Internet est  là), surtout pour les trois derniers morceaux, parmi lesquels le surréaliste « Tentative de courgettes ». L’auteur de la critique signale alors :

Les textes (plus bêtes que méchants) sont en français […] et battent parfois les records de vulgarité établis par Odeurs.

« Odeurs, c’est quoi ce truc ? », me dis-je, et de cliquer conséquemment sur le lien. Après avoir lu, écarquillé les yeux d’incrédulité, je parcoure le net à la recherche d’autres infos sur cet OVNI, trouve des liens pour écouter la chose (pas mal de trucs sur Youtube, Dailymotion et autres, et Deezer et Spotify ont la discographie complète), et mazette, ce truc est exceptionnel.

Un peu d’histoire pour rapidement replacer l’animal dans son environnement naturel. Le chef d’orchestre de ce joyeux  bazar, Alain Ranval, connu sous le pseudonyme de Ramon Pipin, officiait déjà dans les années 70 avec un groupe appelé Au bonheur des dames. Je n’ai pas trop fouillé encore dans la disco de ce groupe déjà bien barré, mais tout le monde connaît leur célèbre tube « Oh les filles » :

La bande à Pipin ne se prend pas vraiment au sérieux ; avec leur maquillage et leurs costumes flashy, leur credo est de parodier la musique à la mode, le twist, pour réaliser des adaptations beaucoup plus drôles et savoureuses que les titres dont ils s’inspirent. Le groupe est polymorphe et un nombre impressionnant de musiciens y ont participé (je me marrais tout seul à lire leurs pseudonymes tous plus débiles les uns que les autres, un petit échantillon : Sergio Pontoise, Roger Rogers, Alonzo Canapelli, Hubert de la Motte Fifrée, Shitty Télaouine, César Pompidou, Eddyck Ritchell, Gépetto Ben Glabros, Gérard Manjoué…).

Suite à des désaccords, le groupe se divise en 79 et Pipin part fonder un groupe à son nom, Ramon Pipin’s Odeurs, qui deviendra Odeurs par la suite. Une bonne partie des membres d’Au bonheur des Dames rejoint le nouveau projet, qui reste dans le même esprit de déconnade, mais pousse plus loin le concept parodique en s’attaquant à des genres musicaux plus diversifiés. Les textes abordent aussi des sujets beaucoup moins politiquement corrects (leur très beau slogan est « Odeurs, à deux doigts du culte, frôle le bon goût sans jamais y sombrer »).
Comme ABDD, Odeurs est un groupe qui a vu défiler un nombre impressionnant de musiciens, parmi lesquels pas mal de pointures. Dans les noms qui m’étaient familiers, pas mal de musiciens passés par le groupe Magma, dont Bernard Paganotti, Didier Lockwood, Klaus Blasquiz ou même Stella Vander ! On trouve aussi des profils aussi différents que Manu Katché, Jacques Jakubowicz (plus connu sous le surnom de « Jacky » du club Dorothée) ou le comédien Roland Giraud. Mais la liste est loin d’être exhaustive, la tournée du second album du groupe s’est faite avec rien de moins que 38 musiciens !

Au delà de la simple parodie, avec ses brochettes d’artistes, Odeurs crée des titres sacrément réussis musicalement parlant. Ajoutés à cela l’humour pas bien éloigné de celui d’Hara-Kiri, on obtient un résultat assez magnifique. De ce que j’ai entendu, c’est leur second album, 1980 : No sex !, qui est le plus réussi et le plus diversifié. Mais leur premier est vraiment bon aussi. Une petite sélection parmi mes titres favoris :

Youpi la France, titre qui ouvre le premier album du groupe, est un pastiche des chansons niaiseuses à la Claude François :

L’homme-objet, une merveille rock aux paroles si sensuelles… Je trouve que ça fait très Dire Straits musicalement, c’est sans doute voulu.

Astrid, la meilleure chanson nécrophile que je connaisse ! Heu, en fait j’en connais pas d’autres :

Et puis terminons par Je m’aime, et son magnifique clip :

Mais ce n’est qu’un aperçu, il y a un paquet de merveilles dans le répertoire du groupe, les reprises de « Dominique » de Sœur Sourire version disco-funk ou de « I Want to Hold Your Hand » des Beatles façon marche militaire, la chansonnette époumonée par un chœur d’enfants « Le vilain petit zoziau » à la conclusion si subtile, la chanson yiddish au texte hilarant intitulé « Ma fils Tennessy », le simili duo à la Gainsbourg de « Douce crème », l’ode à « La viande de porc » ou le débile « Rock Haroun Tazieff »… Ah, et pour les fans de Magma, ne manquez pas le duo de Stella Vander et Liza Deluxe dans « Quitte ou double » : la splendide voix de Stella qui chante « Vendre mon corps pour deux fois rien/Dans un bordel de Macao/Soulageant ivrognes et marins/Puis finir dans un caniveau », c’est assez scotchant !

 

Quelques liens trouvés ici et là pour creuser un peu :

La critique de 1980 : No sex ! de Mr Prog
Un article sur le premier album du groupe sur Blogonzeureux
Un forum où l’on peut notamment trouver une liste (exhaustive ?) des membres du groupe
Un blog consacré à Au bonheur des dames et Odeurs, pas mal d’infos et les paroles des chansons
Un début d’interview de Ramon Pipin sur une page scannée de Jukebox Magazine de septembre 2005
Autre interview de Ramon Pipin
Interview vidéo d’Eddick Ritchell à propos d’Au Bonheur des Dames

Odeurs sur Deezer
Odeurs sur Spotify


5 commentaires pour “Délectables bruits d’Odeurs”

  • Le flying machin dit:

    J’ai découvert Odeurs il y a plus de 20 ans par l’entremise de mon frangin toujours empressé lorsqu’il s’agissait de me faire découvrir les indispensables. Je te conseille personellement « Couscous Bouletium », un chef d’oeuvre !

  • Scribe dit:

    Je l’ai écouté ce titre, qui parodie la musique de Kraftwerk paraît-il, mais je connais pas des masses Kraftwerk. Dans le genre bien crado et débile il est fort appréciable, bon par contre musicalement pour moi c’est totalement inécoutable :D

  • Titou dit:

    Je les ai vu en concert. Je ne sais plus vraiment où ni quand. Certainement au tout début des années 80, quelque part dans le Nord, dans une salle des fêtes sordides. Concert inoubliable, ils étaient très nombreux sur scène, jouaient de tout, partout, un délire total. Un souvenir extraordinaire. Qui y était?
    Longue vie à eux

  • Scribe dit:

    Merci pour le commentaire (que j’ai mis très, trop longtemps à valider, ce site manque cruellement d’actualité…). J’ai l’impression qu’on vit souvent de très bons concerts dans des salles miteuses. C’est peut-être parce que les bons concerts dans les bonnes salles, c’est bien mais bon, c’est classique, et que les concerts nuls dans les salles pourries, on les oublie… En tout cas je suis un peu jaloux, j’aurais beaucoup aimé les voir.

  • LeCyborgFou dit:

    Bravo mon Camille, même combat. J t’embrasse et te remercie pour ce pamphlet court, mais juste.

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