Sep 16 2016

Les collines

Dans le ciel de Santiago est accroché un tableau idyllique : la splendide chaîne de montagnes de la Cordillère des Andes. Pourtant, quand on lève les yeux vers elle depuis le centre ville, il arrive souvent qu’elle se dérobe dans d’étranges nuages. Il faut gagner les hauteurs du Cerro San Cristobal pour prendre la mesure du triste déguisement.

Gaz d’échappements et les fumées industrielles s’élèvent au dessus de l’agglomération, et les monts qui cernent la ville maintiennent au dessus d’elle cette chape de pollution, en empêchant les vents de la porter au loin. Quand, depuis plusieurs jours, la pluie n’est pas venue rabattre vers le sol ces brumes toxiques, un impressionnant mur brun se dresse sur l’horizon. Au dessus, les montagnes immaculées se détachent, insensibles.

Santiago Cerro San Cristobal

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Juil 8 2016

L’administration

Pour valider mon visa, les tampons et papiers délivrés à l’aéroport de Santiago ne suffisent pas : tout candidat doit prendre part à un petit parcours administratif. À la clé, la carte de résident temporaire du Chili sur laquelle se trouve le RUT, sorte de numéro de sécurité sociale nécessaire notamment pour l’obtention d’un travail rémunéré sur le territoire chilien.

L’épreuve se divise en deux parties : d’abord, se rentre à la PDI (Policía de Investigaciones de Chile) pour faire valider le petit bout de papier super important mais qui ressemble à un ticket de caisse qu’on vous file à l’aéroport. Ensuite, se rendre au Servicio de Registro Civil e Identificación pour obtenir le fameux numéro. Il vous faudra ensuite revenir à cet endroit dans un intervalle allant d’une grosse dizaine de jours à trois mois pour récupérer votre jolie petite carte officielle. Étant Français, je devrais être rompu aux arcanes des administrations retorses, hélas je considère avec un dédain des plus égalitaires la paperasse nationale comme étrangère. Et puis bon, j’exagère. Ça ne doit pas être si sorcier que ça, hein, qu’est-ce qui pourrait mal se passer… Lire la suite


Juin 24 2016

La femme de ménage

Dans l’auberge où j’ai posé mes bagages, je la croise un peu partout. Elle s’active en permanence, toujours en marmonnant faiblement un air de musique. Elle est noire, ne semble pas très bien parler espagnol, et n’est donc probablement pas Chilienne. L’anglais n’a pas vraiment l’air d’être son fort non plus. Elle ne parle pas beaucoup, de façon générale. Brésilienne, peut-être ? Si c’est le cas, je vais être assez limité pour engager la discussion en portugais…

Je la salue quand je la croise, mais nos échanges se limitent à ces quelques amabilités. Il semblerait qu’elle soit la seule à s’occuper de tout l’entretien de l’auberge… L’autre jour, la voyant s’essouffler à changer les draps d’un lit superposé difficile d’accès, je lui propose un coup de main, dans mon meilleur espagnol. Non non, c’est bon c’est bon, me fait-elle comprendre, dans son meilleur espagnol. Bon.

Le lendemain, elle s’affaire près de mon lit et m’interpelle alors que je m’apprête à sortir. Elle pointe du doigt mon petit bouquin de conversation espagnole, un cadeau maternel avisé d’avant mon départ. Vous savez, ces petits livres avec les bases de grammaire, du vocabulaire et plein de phrases toutes prêtes pour les situations d’urgence allant de « Où sont les toilettes ? » à « J’ai besoin d’un produit anti-moustiques ». Elle me demande si je l’ai acheté ici. Je réponds que non, que c’est un bouquin français-espagnol que j’ai ramené de France.

Son visage s’illumine :

« Mais… Tu parles français ?
– Heu, bah oui, je suis Français. Je savais pas que vous… tu… parlais français aussi.
– Ah mais si, je suis Haïtienne, je parle le français et le créole. »

La transformation est radicale. En une seconde, ce qui était littéralement la barrière de la langue est tombée, un pont est établi. Elle me ferait presque le reproche de ne pas lui avoir parlé plus tôt : « Tu aurais pu me dire que tu parlais français quand même !
– Bah oui heu, c’est juste que j’ai pas eu l’occasion de parler avec des Français dans cette auberge, et je pouvais pas vraiment deviner… ».

On papote un peu. Elle me dit la précarité de sa situation. Sa famille est en Haïti, elle est venue ici parce qu’on lui a dit qu’au Chili, il y avait du travail. Elle travaille ici six jours sur sept, du matin au soir. La paye n’est pas terrible. Sa famille, son fils en particulier, lui manque beaucoup. Il vient d’avoir 18 ans. Mais elle ne pourra pas rentrer le voir avant l’année prochaine. Elle reçoit aussi de l’argent de son frère qui travaille aux États-Unis. Ça aide à payer son loyer, sans ça, elle ne pourrait pas rester. En Haïti, elle a fait plusieurs boulots, vendeuse, couturière, mais ça n’a jamais vraiment marché. La situation là-bas est très mauvaise, le pays panse encore ses plaies après le ravage causé par le séisme de 2010. Ici, elle ne connaît pas grand monde, et le fait qu’elle ne parle que très peu espagnol n’aide pas vraiment.

Du coup, on revient à parler du petit bouquin. Je lui dis que si elle veut me l’emprunter, elle peut, je reste encore dans l’auberge quelques jours. Elle me remercie abondamment. Je lui dis que je dois sortir, mais qu’on se reverra plus tard.

En marchant dans les rues de Santiago, je me dis qu’en fait, j’ai été un peu con. Je peux bien lui donner, ce petit livre, il lui sera certainement plus utile qu’à moi. Moi, je peux télécharger un dico sur mon téléphone, parler à plein de voyageurs et de locaux. Sans aller vers de grandes considérations sociologiques, pas besoin d’être un génie pour se rendre compte qu’au grand jeu de hasard qui te fait naître à un moment donné, à un endroit donné, j’ai été un peu plus favorisé au tirage.

Le lendemain, je lui demande si le livre lui a été utile. Elle me dit que oui, alors je lui réponds que si elle veut, elle peut le garder. « C’est vrai ? Oh merci merci merci ! ». Elle me serre dans ses bras. J’ai l’impression de lui avoir offert un trésor inestimable. Depuis, elle me parle tout le temps quand je la croise, et je crois que ça aussi, ça lui fait un bien fou.

Aujourd’hui je pars de la ville. On se recroisera peut-être : je serai amené à revenir à Santiago. L’idée m’a traversé l’esprit que peut-être, plus ou moins consciemment, j’avais eu pitié d’elle. Peut-être même que je ne raconte cette anecdote que pour m’entendre dire que je suis un type bien, qui vient en aide aux plus démunis dans ce geste d’une générosité hors du commun. J’espère que mon subconscient n’est pas aussi pervers, mais au final, on s’en balance pas mal, de mes raisons profondes. Le petit bouquin est en sa possession, et peut-être qu’avec, elle parlera un peu mieux espagnol, se sentira un peu moins exclue, un peu moins seule.
C’est bien là tout ce qui compte.


Juin 16 2016

L’aéroport

Nous y voilà donc. L’aéroport de Madrid, après un vol rapide depuis le cher pays de mon enfance. Les choses sérieuses commencent. Les amarres sont larguées, et moi aussi, un peu. Il y a quelque chose de déboussolant dans les aéroports. En descendant du vol, je rate une porte qui mène à l’endroit qui permet de récupérer les bagages. Mes premiers bredouillages d’anglaispagnol me permettent de passer par là-où-il-ne-faut-normalement-pas et corriger ma bévue. Mon bardas sur le dos, me voici face à mon premier défi : l’attente. Nous sommes en milieu d’après-midi et mon vol pour Buenos Aires ne décolle qu’un peu avant minuit.

Je déambule, me laisse porter par des tapis roulants avant de les emprunter en sens inverse. J’observe les voyageurs, faune éphémère et toujours en mouvement, toujours en transit, déjà portée vers la sortie ou vers le prochain décollage. Les locaux ont la mine grise de ceux qui sont las de ce perpétuel va-et-vient. Je me dis qu’il doit être perturbant de travailler dans un aéroport, de voir défiler ce flot de gens d’ailleurs et de rester cloué dans ces kiosques brillant de publicités agressives, dans ces boutiques débordant de parfums outranciers, écœurants. J’use ma batterie de téléphone à des choses dispensables, j’essaie de lire un peu dans l’inconfort d’un siège raide. Je mange un sandwich sans saveur et trop cher. J’attends, j’attends, je fais des allers, des retours, avant d’attendre encore.

Pour m’encourager, la pendule avance, imperceptiblement. La nuit s’est installée. Ayant trouvé une prise de courant disponible pour recharger mon téléphone, je regarde le tableau d’affichage qui refuse obstinément d’indiquer la porte où je dois me rendre. L’heure approche, et toujours rien. Je brise la glace avec mon voisin de droite. Type sympa. Argentin, ayant de la famille en Espagne. On discute un moment, dans la limite de mon espagnol encore très rouillé. On annonce que le vol a du retard, mais la raison invoquée m’échappe : je ne sais pas trop si je dois me focaliser sur l’annonce trop rapide en espagnol ou sur celle, mâchonnée et ânonnée, dans un anglais  inintelligible. Sur un Madrid-Buenos Aires, y’a sans doute personne qui parle autre chose qu’espagnol : pourquoi se fatiguer.

Plus d’une heure de retard. Sachant qu’à l’arrivée à Buenos Aires, j’ai une heure et demie pour attraper ma correspondance pour Santiago du Chili, je commence à m’inquiéter. J’espère que les treize heures de vol annoncées seront suffisantes pour rattraper le retard. Nous partons enfin. L’avion décolle, le temps qui passe se perd dans la nuit. Je ne sais pas trop quelle heure il est, dans quel pays, mais je finis par dormir un peu, ou beaucoup, je ne sais plus.

Nous approchons. Je suis toujours perdu dans les fuseaux horaires. Pas d’heure affichée sur les écrans, et la batterie de mon téléphone m’a lâché pendant la traversée de l’Atlantique. Mais je sais que nous arrivons dans une demi-heure, selon les écrans d’information. Je jette un coup d’œil à la montre de ma voisine. 9h du matin, probablement heure de Buenos Aires. Humm, j’étais censé arriver à 8h10. Y’a un décalage horaire entre l’Argentine et le Chili ? J’aurais peut-être dû me poser la question plus tôt. Bon, pas de panique, de toute façon je ne peux pas faire avancer l’avion plus vite. Mon vol pour Santiago est à 9h45. Il est 9h20 passé quand l’avion se pose. Le temps d’arriver « à quai » (ça se dit, pour un avion?), de faire descendre tout le monde, 9h30 au moins. Les minutes filent. Allez, allez. Mon bagage doit suivre sur l’autre vol, je n’ai qu’à foncer à la porte… Je marche très vite dans la zone de transit, d’un air qui dit « je suis pressé mais je reste serein ». De toute façon personne d’autre ne semble paniquer outre mesure, ils doivent avoir fait attendre l’autre avion. J’essaie de repérer d’autres voyageurs dans ma situation, malheureusement, il ne semble pas y en avoir beaucoup. Tout d’un coup, je me retrouve à peu près seul, à chercher comment gagner ma porte d’embarquement, dans un aéroport inconnu. Je demande, on me renseigne, je ne suis pas sûr d’avoir compris. Je monte des escaliers, c’est par là, on me dit. J’arrive dans un long couloir : vraiment, c’est par là ? Je demande à nouveau : il faut descendre les escaliers, on me dit. Quoi, mais on vient de me dire que c’était par là ? J’ai mal compris ? Je redescends : ah, il fallait tourner à droite au milieu de l’escalier. Ça semble là, en effet. Un dernier contrôle, on comprend que je suis assez limite sur le chrono, ça ne traîne pas. J’aperçois enfin un tableau d’affichage, avec ma porte, et un inquiétant « Dernier appel ». Cette fois-ci, j’abandonne la fausse posture et je cours. J’arrive. Plus personne dans le hall d’embarquement. Je demande à nouveau à la personne responsable : d’un geste désolé, il m’annonce qu’on vient de retirer la passerelle. Merde, merde, merde.

Étrangement, dans le feu de l’action, je suis plutôt calme et réfléchi. Deux choses à savoir : d’abord, mon bagage est-il en train de joyeusement décoller sans moi vers la capitale chilienne, et ensuite, comment faire pour suivre le même chemin. Ça fait beaucoup de questions précises pour un niveau d’espagnol clairement pas à la hauteur de la situation. Et il semble bien que l’anglais ne me sauvera pas ici. Heureusement, le personnel de l’aéroport fait son possible pour m’aider. On me dit d’attendre ici, après quelques communications radio. Ils doivent savoir qu’il était pour moi techniquement difficile, même en connaissant l’aéroport de Buenos Aires par cœur, de pouvoir sauter d’un avion à l’autre avec un délai aussi court. Mais il m’est assez difficile de comprendre ce qu’ils attendent de moi exactement. Mais on me dit d’attendre, j’attends : je deviens assez bon dans ce domaine. Le gars de service revient vers moi et me dit de le suivre. Il m’explique, j’essaie de ne pas perdre le fil. Je crois qu’il me dit que mon sac est bien ici et que je peux le récupérer. Qu’il faudra ensuite que j’aille au bureau de la compagnie de mon vol précédent, et qu’ils me diront quoi faire. On me pointe du doigt la direction où aller : passer la douane. OK, je passe la douane. Bon, maintenant, mon sac. J’arrive au tapis roulant où de nombreux voyageurs de mon vol attendent encore leurs affaires. Les valises défilent. Je me dis qu’avec le délai réduit entre les deux vols, il est en effet peu probable qu’ils aient eu le temps d’y envoyer mon sac. Les valises défilent toujours, les gens les chargent sur les chariots, s’en vont. Après tout qu’est-ce que j’en sais moi, du temps qu’il faut pour charger des bagages dans un avion ? Le tapis tourne toujours, mais il y a de moins en moins d’affaires dessus. De moins en moins de monde à les attendre. Rien, rien, toujours rien… Je me déplace un peu, pour mieux voir. Je scrute les environs. Et je finis par le voir. Quelqu’un l’avait posé dans un coin, avec deux autres valises arborant l’étiquette bleue des bagages en transit. Je l’inspecte : en dépit de quelques tâches noirâtres supplémentaires, c’est bien mon sac, intact, et rien ne semble y manquer. Il n’est pas exagéré de dire qu’à cet instant, j’éprouve un certain soulagement.

Cependant, je ne suis pas vraiment tiré d’affaires. Il faut maintenant que je me trouve un vol de remplacement. Je cherche le bureau de la compagnie aérienne dans l’aéroport, et c’est reparti pour un nouveau jeu de « Allez par-ci, tournez là, montez ces escaliers, demandez à tel endroit ». Je navigue, visite malgré moi l’aéroport de long en large. Je ne parviens pas à trouver ce foutu bureau. Je me retrouve même dehors, à humer l’air frais et ensoleillé de ce matin sud-américain. Pas vraiment le temps de profiter pleinement des gaz d’échappement des taxis qui quittent la zone cependant, j’ai une mission à accomplir. Je finis par trouver ce foutu bureau, dissimulé dans le renfoncement d’un couloir. La responsable me redirige ailleurs. Je commence à me demander jusqu’à quand le petit manège va durer. Heureusement, sans doute devant ma mine fatiguée et déconfite, elle décide de m’accompagner. Me voilà à un autre comptoir, où je découvre joyeusement que tout a été organisé pour me trouver un vol de remplacement. Il part même très prochainement. Ma gentille accompagnatrice m’indique gracieusement l’endroit où faire enregistrer mon bagage. Soulagement numéro deux.

Ai-je soupiré victoire trop tôt ? Devant mon papelard de remplacement et mes explications embrouillées, la dame qui fait les enregistrements tord un peu le nez. Nouveaux coups de fil. On me dit que ça va être trop juste pour prendre le vol indiqué sur mon papier. Je commence à ressentir comme une légère fatigue morale… Après quelques instants cependant, on m’enregistre sur un nouveau vol qui part un peu plus tard. Heureusement pour moi qu’il y a des Buenos Aires – Santiago de façon assez régulière. Mon bagage part, et je quitte la zone d’enregistrement pour repasser les contrôles des douanes, une fois de plus. Le gars au guichet lorgne de façon circonspecte sur mon passeport (quoi, qu’est-ce qu’il y a encore cette fois?), et pour une raison que je ne m’explique pas vraiment, y tamponne un permis de séjour en Argentine d’une durée de 90 jours… suivi immédiatement du tampon de sortie du territoire. Après mes errances sur le sol argentin, il faut croire que tout ça méritait bien d’être immortalisé.

Au décollage, je me dis que je suis peut-être le héros d’une histoire comme on en entend souvent lors des crashs d’avions : « Il aurait dû se trouver dans le Buenos Aires – Santiago, mais un retard lui a fait manquer le vol à quelques minutes près. Une heure plus tard, l’avion qu’il avait laissé échapper s’écrasait au beau milieu de la Cordillère des Andes, tuant tous les passagers et membres d’équipage. La faucheuse, d’un humour bien cruel, avait sans doute décidé que ce n’était pas son heure. Après cette page de publicité, nous écouterons son témoignage bouleversant. »

Et puis juste après, je réalise qu’en fait mon vol précédent est sans doute arrivé sans encombre à Santiago, et que si celui dans lequel je me trouve vient à connaître un sort funeste, j’aurai vraiment l’air d’un con.


Juin 11 2016

La coupure

Encore une réflexion relative au départ. Car oui, je repars explorer un coin du monde, en solitaire, après deux ans en France. Destination Chili, pour une durée à nouveau indéterminée pouvant s’étendre à un an maximum, grâce un nouveau visa vacances-travail ouvert récemment.

En préparant mon sac, je me disais qu’elle était bien étrange, cette sensation au moment de partir. Il est assez peu fréquent d’être ainsi dans une situation de coupure temporelle aussi marquée. D’être dans un avant, et savoir que l’après sera complètement autre chose, loin de tout cadre connu auquel se rattacher. Les choses habituelles prennent une coloration différente, comme si on les regardait d’un œil neuf. Tout un environnement connu, intériorisé au point qu’on ne le regarde même plus, semble réapparaître.
Puisque tout est vu pour une dernière fois avant longtemps, on regarde avec plus d’attention, d’intérêt. Toutes ces choses si habituelles hier deviennent subitement précieuses, on aimerait les garder un peu plus longtemps, encore un peu.

Mais quand la date du départ est fixée, tout effort de capter ainsi les minutes qui passent est vain. Le départ se rapproche, inexorablement, inéluctablement. Il est rare de sentir ainsi le temps qui passe, lui qui bien souvent file dans notre dos, dans notre plus parfaite indifférence. Jusqu’à ces moments où une date précise vient se fixer sur notre horizon, un mur inamovible sur lequel tôt ou tard on viendra buter, et il faudra alors sauter par dessus (jusqu’au dernier mur, sur lequel chacun finit forcément par se fracasser, mais nous éviterons ces considérations morbides pour le moment).

Voilà, aujourd’hui un nouveau mur est devant moi, c’est moi qui l’ai placé ici, et je fonce droit dessus, que je le veuille ou non. C’est angoissant bien sûr, surtout que je ne sais pas vraiment ce qui m’attend de l’autre côté. Il ne sert à rien d’essayer de freiner, les secondes filent entre les doigts. Ce soir je vais mal dormir, impatient et inquiet face à un tout nouvel horizon.

Ceci est le début de mon récit de voyage en Amérique du Sud. Il ne prendra peut-être pas la forme très cadrée de mes épisodes de voyage en Nouvelle-Zélande. J’ai davantage envie d’écrire les choses au moment où je les vis, ou presque. Je veux au maximum garder une spontanéité dans l’écriture. Cela donnera peut-être lieu à des textes moins travaillés, moins longs, mais il sera plus facile pour moi de les écrire plus fréquemment, au moment où les souvenirs sont encore très frais. Mais ça, ce sont mes bonnes volontés de début de voyage, on verra comment les choses évoluent avec le temps…